Le jour où je suis venue (fin)!
Je me souviens encore de cette exigence désespérée de maman!
"Je veux ma péridurale!!!!!!!!!!!"
Elle pleura quelques instants puis accepta enfin la dure réalité: bien qu'elle ne l'ai pas choisi, elle allait accoucher naturellement.
Et justement, une nouvelle contraction la tétanisa.
"Soufflez doucement, madame, soufflez pendant les contractions!"
"pffffffffffffffffff! Oh, c' que ça fait mal! P..." jura maman.
Papa soufflait lui aussi.
Il lui avait tendrement prit la main pour la rassurer.
Il était là, avec elle dans cette évènement extraordinaire, merveilleux et néanmoins effrayant...
Quand à moi, je me sentais de plus en plus à l'étroit!
Je tentais déjà de me frayer un chemin vers la sortie...
Un coup d'oeil à l'ouverture du col et l'ordre tomba:
"Très bien, c'est le moment, vous aller pousser à présent! Vous attendez la prochaine contraction et vous poussez!"
"Je veux accoucher sur le coté, comme me l'a appris ma sage femme!" déclara ma mère.
"Très bien, pas de problème: mettez vous dans la position que vous voulez".
Elle eut beaucoup de difficultés mais parvint à se tourner.
Maman s'était entraînée, elle y arriverait, elle pousserait comme aux cours de préparation à l'accouchement, et elle donnerait naissance à son bébé, dans la douleur et avec majesté...
Elle poussa.
Elle poussa lentement tout en soufflant.
Elle poussa encore...
J'avançais à chacun de ses efforts.
Ma tête avait trouvé le passage.
Le chemin à parcourir pour rejoindre mes parents adorés n'était plus très long.
Elle poussa.
Elle poussa.
Elle poussa trente minutes.
"Bon, ça ne fonctionne pas comme ça, madame! Vous poussez bien, mais votre bébé a l'air de remonter après les contractions...Remettez vous sur le dos, s'il vous plaît!"
Maman s'exécuta.
Elle était trempée de sueur, et proche de l'épuisement.
"Aller encore quelques effort, poussez!"
Mes parents poussèrent.
Mon père, en pensée!
"C'est bien ma chérie! Tu pousses très bien!" lui chuchota t-il à l'oreille.
"Vous savez pousser en bloquant, madame?" s'enquit l'accoucheuse.
"Oui, on m'a expliqué...PFFFFFFFFF!"
"Parfait, alors on y va"
Une contraction.
Je suis projettée vers le bassin.
Maman bloque.
Maman pousse, en apnée!
Maman broie les os de la main de papa.
Une larme coule, silencieuse, sur son visage. (Aie!)
Des minutes interminables passent.
De nouvelles infirmières sont entrées et se parlent à voix basse au fond de la salle.
Papa entend qu'elles disent que pourtant maman s'y prend bien...
Après un bon moment, un médecin arrive enfin, survolté, lance un bonjour à papa et maman, plonge presque littéralement entre les jambes de maman et engueule copieusement la sage femme.
"Mais pourquoi vous ne m'avez pas appeler avant? Vous voyez bien qu'elle est épuisée! Elle pousse depuis combien de temps comme ça!? Appelez moi tout de suite l'anesthésiste!"
Oh, douces paroles aux oreilles de maman!
Elle frôla l'orgasme. (Ne me demandez pas ce que c'est, je n'ai qu'un an!)
Bon, madame, votre bébé...C'est un petit garçon ou une petite fille?"
"Une petite fille " répond mon père.
"Et bien votre petit fille a du mal à s'engager...Elle remonte...Vous allez pousser encore un tout petit peu, et je vais vous aider: Je vais utiliser les forceps...Ne vous inquiétez pas, c'est fréquent, ça ne fera aucun mal à votre enfant...Mais d'abord, on attend l'anesthésiste et il va vous faire une piqûre!"
"Ma péridurale?" gémit maman en pleine contraction.
"Heu...Non...Vous allez avoir une rachi-anésthésie, parce que la péridurale mettrait trop de temps à agir..." répondit le médecin sauveur.
Maman faillit embrasser l'anesthésiste lorsqu'il la piqua.
Et ce malgré la souffrance incroyable qu'elle avait du supporter pour se redresser, et lui présenter son dos.
Le soulagement fut IMMEDIAT!
Maman sentit une chaleur remonter depuis ses pieds jusqu'à sa taille, et son corps se détendit considérablement...
Cette sensation de chaleur mêlée à l'apaisement et à la fatigue physique était presque agréable.
Quand le médecin le lui ordonna, elle poussa. Quelque chose me tira fermement par la tête et je vins au monde!
En quelques secondes seulement...
Je n'ai pas crié tout de suite, comme le font les autres bébés...
J'ai d'abord regardé autour de moi, et cherché, aveuglée, ma maman des yeux...
C'est quand je l'ai aperçu (je l'ai reconnu tout de suite, ma maman chérie) que j'ai poussé un cri.
Un cri rapide et efficace!
Qui signifiait à ces gens qui me tenaient, qu'il me fallait ma mère...
Le cordon qui me reliait à elle fut coupé.
On ne proposa pas à mon papa de le faire.
Lui qui n'y tenait pas trop, en fut assez déçu...
Mais j'étais là, il était si heureux...
On me posa sur maman.
Je retrouvais son sein...
Je la tétais immédiatement.
Papa me caressa la tête et je reconnus sa main douce.
Mes parents se regardaient, des larmes aux yeux finirent sans doute par en couler.
J'étais bien, couverte d'amour et ravie de découvrir la sensation de boire...
J'étais là...
J'étais en bonne santé...
J'avais les yeux de maman et je ressemblais déjà tant à papa...
Il m'habilla, délicatement.
Je regagnais les bras épuisés de maman.
Et je m'endormis!